J'ai l'air heureuse ? je le suis en effet. Obstination ou habitude, je ne sais plus ...
La vie est un brouillon, finalement. Chaque histoire est le brouillon de la prochaine, on rature, on rature, et quand c'est à peu près propre et sans coquilles, opla, c'est fini, on n'a plus qu'à partir pour toujours, c'est pour cela que la vie est longue... rien de grave :)
Avant à Paris, j'étais contente, à la piscine j'étais la seule je crois à venir a pieds avec mes parents, et a venir presque touts les jours. Je nageais longtemps, tout à la caresse de l'eau, dans une piscine tiède, l'eau était molle, je m'imaginais une musique de fond, je ne pensais à rien, je glissais, je donnais des coups dans l'eau, tiens prend ça, des coups de pieds, des coups de poings, je ne sais pas contre qui je me battais, surement contre moi même d'une certaine façon, mais je me battait longtemps, des heures, j'en sortais épuisée, les cheveux imbibés par l'odeur du chlores, les yeux rouges mais toujours en meilleure santé. Et puis ils ont divorcés.
Heureusement j'avais ma grand-mère...bon elle me forcé a réciter la prière tout les soirs et me bénissais chaque matin avec l'eau de Lourde. Elle était persuadée que la vierge marie aller faire disparaitre mes cicatrices a travers un peu d'eau fraîche. D'ailleurs déjà à l'époque j'étais pas vraiment convaincu. Elle n'aimer pas lorsque je me moquais d'elle ou lorsque je refusais d'avaler l'hostie parce que je trouvais ça dégueulasse....et d'ailleurs je pense toujours que ça l'est ! . J'allais avoir cinq ans. Elle m'expliqua : << C'est très simple, tu t'assieds, tu ne suces pas ton pouce, tu regarde ce que font les gens et tu fais tout pareil >> Je pris mon air le plus raisonnable, et puis quand toute l'église se leva pour entonner un chant que je ne connaissais pas , je me suis mise à chanter moi aussi, bien fort, très juste, mais " au clair de la lune , mon ami pierrot..." Ça la bien fait rire ma grand-mère. D'ailleurs quand j'étais croyante, j'entretenais des rapports particuliers avec dieu que je tutoyais et appelais " doudou", la plus part du temps dieu était clément et généreux...surtout lorsque j'allais piquer les bonbons dans le placard de mamie, elle ne se fâchait jamais ! " merci doudou, t'es cool comme dieu"
Au cour de ma petite enfance , j'ai finalement très vite compris que l'homme ne résiste pas à la tentation , et c'est pour cette raison qu'il doit l'éviter.Mon père lui ne l'avais sans doute pas compris, ou très mal assimilée cette théorie que je trouve parfaitement juste et cohérente. il parlais toujours de respect respect, mais en réalité ce qu'il me disait lorsque j'avais 4ans, c'était : Fais ce que je te dit mais surtout pas ce que je fais. Mais a 17ans... il est trop tard pour lui faire des reproches. dommage. Dans le fond rien n'est jamais anodin mais on n'appréhende pas toujours correctement les répercussions de ses actes. Il fallait qu'il en eu au moins conscience avant son départ, j'espère juste que ce fut le cas.
Depuis que je suis née et que je sais parler, c'est toujours le même disque : qu'est-ce qui ne va pas ? Rien papa tout va bien. - Même si dedans c'est le vide, ou le chaos, ou les montagnes russes, ou l'envie de crier au secours au secours... Rien papa, tout va bien, je suis ta petit Marine et tout va bien. Quoi qu'il en soit, quand papa était là il convenait d'être la plus discrète possible. Ne surtout pas déranger, glisser, chuchoter, être bien sage. Non non, je n'ai besoin de rien. Oui oui tout va bien, je suis contente. Merci de me sourire, merci de me parler, pardon d'être enrhumée, pardon merci merci pardon merci pardon.
Mais le souci c'était ma mère. J'ai vite su qu'on ne pouvait pas rompre bien. J'ai su que c'était toujours atroce, et que ça fait toujours atrocement mal et que le rompeur a toujours le mauvais rôle. Et le problème dans ce genre d'histoire, c'est la rééducation. C'est réapprendre à aimer, à rire, à sentir, à sortir, réapprendre tout comme une grande brûlée, une amnésique ou une paralysée, j'en ai voulu à ma mère pour le temps qu'il lui à fallut.
Et puis je suis tombée malade, très malade. Et comme si cela ne suffisait pas , il a aussi fallut que je tombe amoureuse... Quelle conne ! On se téléphonait dix fois par jour, je t'aime, moi aussi, non c'est moi, mais c'était pas incompatible, on était deux enfants fous d'amour, Beurk !! Toute cette réthorique visqueuse, tous ces grands sentiments lamentables ! Maintenant quand j'entends les gens se dire je t'aime j'ai envie de les frapper. Et puis ça voudrait dire quoi tomber amoureuse, tomber malheureuse ? De toute façon on ne peut pas tomber un peu. Quand on tombe, c'est toujours de haut.
Par la suite je m'étais dit " ne rien céder, ne céder sur rien, je sais bien que dans le fond, si je me laissais un peu aller, ça finirait par me passioner, mais je ne veux rien qui me passionne, rien". Certaines blessures ne sont ni réversibles, ni réparables.
Plus jeune j'avais besoin de vos mensonges, même s'ils me faisaient de la peine. Maintenant, ce qui me désespère c'est de ne plus les croire au point de me moquer de vous. Alors je fais semblant, par lassitude : Vous n'avez même plus le souci de bien mentir. C'est toujours invraisemblable ce que vous me dites, mais vous tenez bon, ou alors je ne suis plus naïve ;)
<<Elle Plait aux hommes, mais elle est devenu incapable d'aimer >>. Oui j'ai glissé de l'un à l'autre indifférente. En fait pas de rêve : mais un appétit solide, nourri d'un certain mépris, me poussais à voir dans chaque homme un pur produit de consommation, c'était un peu pour se venger, je leur renvoyais l'image qui voulais donner de la femme...en somme . Triste gourmandise, triste liberté... L'apparence de l'amour, les gestes, la musique, mais le son est faux : ce n'était que du théâtre et je m'arrêtais toujours au première acte. J'étais l'invitation au voyage, mais pas de vrai voyage... ne surtout pas approfondir. Ne jamais se retourner. Fuite en avant, absolu détachement, c'était amusant finalement , la débauche. Et puis j'en est eu marre , ma claque, ras le bol. Les temps changent... Je n'étais plus d'accord, je ne me sentais pas libre, ou alors je ne voulais plus être libre, ça me faisais horreur d'être libre, être libre de quoi, de trahir, de tromper, de fair du mal, d'être seule ? je n'avais pas envie de ça, non absolument pas.
Puis une vie dans le calme, la sécurité, Schubert, Barbara, Prucelle, Botticelli, déjeuner à une heure, puis dîner à huit., leçons de piano, de théâtre, discussions littéraires et politiques, bonheur contagieux, ce sentiment diffus de félicité . Elle m'a transmis, cette faculté d'éblouissement, et ce désir d'éblouir et d'aider, ma mère. Longtemps, j'ai contemplé sa beauté dans l'oeil des hommes qui la croisaient. J'y trouvais une fièvre, une promesse de danger, mais ce qu'il ne voyaient pas c'était son courage, sa force... J'avais beau dire et lui en vouloir de s'être fait avoir je ne pouvais pas nier le courage dont elle avait fait preuve tout au long de sa vie . Parce que parfois, le courage et la force, c'est aussi tout abandonner. La réalité ricoche, mes parents s'étaient inventés un avenir commun , avec des rêves différents...c'est ce que j'ai finit par me dire, je me suis aussi dit qu'en réalité aimer ça ne veut pas dire se ressembler, aimer ça ne veut pas dire être pareils, se conduire comme deux jumeaux, croire qu'on est inséparables. Aimer c'est ne pas avoir peur de se quitter ou de cesser de s'aimer. Aimer c'est accepter de tomber, tout seule et de se relever tout seul.
A la longue, je suis devenue un bloc d'égoïsme, rien ne se glisse entre moi et moi, ni la tristesse, ni le malheur, je ne laisse entrer que le plaisir. Oui, j'ai cette capacité la, moi, de filtrer ce qu'il m'arrive, de choisir. J'ai choisi de ne plus être triste, ou quelque chose en moi a choisi pour moi, je ne sais pas, je n'ai même envie de savoir. Et puis mon grand père est mort. Quelque chose en moi a bougé a ce jour la. Un pincement du côté du coeur, un battement comme quand a couru trop vite. Je n'ai pas le souvenir de lui avoir dire un jour que je l'aimé mon grand-père...pas le moindre, en même temps je me serais senti si conne et si vide si je lui avais dit, c'était pas vraiment le genre de choses que je pouvais dire , ou même concevoir de dire. J'ai eu des remords, puis tout c'est envolé, et je me suis mise à changer radicalement , sans vraiment savoir pourquoi et comment. Je me suis rendu compte qu'il est impossible de se sentir en vie si l'on ne pense pas aussi qu'on mourra un jour, maintenant je me sens bien en vie, j'ai de la chance, et je suis même très gâtée. Tant de choses m'ont été données. Je n'ai plus le temps de m'appesantir sur celles dont j'ai été privée.
J'aurais donc toujours mon îlot de bonheur au c½ur de votre chaos . Et maintenant Je veux aider les gens à verbaliser leur douleur, les soutenir, me rendre utile, les rendre heureux. Parce que le bonheur c'est contagieux, je suis optimiste. Pour tout ceux qui vivent il y a de l'espérance, et même une mouche vivante vaut mieux qu'un lion mort. Pour moi soigner les gens, ce n'est pas seulement rechercher les causes de leur maux, c'est leur donner l'espoir que demain sera mieux qu'hier, mais on ne peut secourir une personne que si elle accepte notre aide. A présent , je ne doute pas de ce que je désire, ni de ce dont j'ai besoin, ni de ce que je vais faire, Là , Maintenant ! ;)
Finalement changer n'est pas devenir quelqu'un d'autre , c'est devenir qui on est... est l'accepter :)